BACK TO FRANCE : LE CHOC DES CULTURES


Vitrine de Repetto - Paris, France - Juillet 2018

Bonjour cher lecteur!

Si tu ne l'avais pas encore compris à travers quelques petites phrases laissées ici ou là dans mes précédents articles ou si tu ne me suis pas sur Instagram (mais qu'attends-tu?), tu l'auras deviné dans le titre : j'ai quitté Montréal et je suis retournée vivre en France.

Pourquoi ?

Alors ça, c'est la question à laquelle j'ai le plus répondu au cours des derniers mois : à mes amis, à ma famille (qui est tout de même bien contente!), aux recruteurs ... C'est sûr, c'est légitime de poser cette question, car tout le monde a besoin d'explications. L'humain aime savoir le pourquoi du comment, l'humain a besoin d'une raison (bien que, parfois, "le coeur a ses raisons que la raison ignore"), d'une cause rationnelle, pour ranger cette étrangeté dans une case. Oui, car souvent après la question "Pourquoi?", vient la question "C'était pas bien Montréal ?" ... Question que je trouve absurde : si j'y suis restée QUATRE ans, c'est quand même que j'ai aimé ma vie là-bas. Si tu veux en savoir un peu plus sur mes états d'âmes au cours de ces quatre dernières années, je te conseille cet article, celui-ci et enfin celui-là.

Les personnes qui ne sont jamais parties vivre à l'étranger ne peuvent pas comprendre intrinsèquement ce que l'on ressent H24 (c'est tout de même possible de comprendre la théorie et de faire preuve d'empathie) : le tiraillement entre notre vie dans ce coin du monde que l'on chérit et où l'on s'épanouit, et cette impression constante de rater tout ce qu'il se passe dans notre contrée d'origine accompagnée d'un brin de culpabilité de ne pas être là quand il le faut - les naissances, les mariages, les décès, les délires, ... bref la vie de tous ces gens qu'on aime et dont on est séparé. Il y a certaines personnes qui aiment tellement leur vie à l'étranger, car ils y ont trouvé un sens, une voie, une vocation, que cela surpasse le manque de leurs racines et qu'ils ne "rentreront" probablement jamais, car leur vie est maintenant dans ce nouveau pays. Il y en a d'autres qui savent que c'est pour un temps donné et qui sont tout à fait "mindé" de la sorte, et donc le manque est plus facile à supporter car ils savent qu'ils vont revenir près de leurs proches à la fin de cette parenthèse à l'autre bout du monde. Et il y a ceux qui se posent trop de questions et qui hésitent, qui jouent au yo-yo avec leurs envies et leurs émotions. Parmi ce dernier groupe, il y a ceux qui arrivent à se projeter sur le long terme car ils ont l'intime conviction que leur vie (carrière, famille, épanouissement, etc...) se fera à tel ou tel endroit, ce qui les amènera un jour à "rentrer" ou non. Après plusieurs années d'hésitation, ils vont finalement faire ce choix, de "rester" ou de "rentrer". C'est en partie pour cela que beaucoup de français reviennent en France après 4 à 6 ans de vie ailleurs - et c'est notamment vrai pour les français vivant à Montréal. Et pour ceux qui n'arrivent pas à se projeter sur le long terme, ils vont peut-être "rentrer" plus tôt que les précédents pour finalement décider de repartir illico-presto. Évidemment, cette décision capitale, mais non fatale et irrévocable, de redéménager ou non est influencée par tout ce que l'on vit dans cet ailleurs, par les opportunités qui se présentent et que l'on saisit : si vous trouvez le job de vos rêves ou si vous rencontrez l'amour, vous allez probablement changer vos plans initiaux, les réévaluer et rééquilibrer cette balance émotionnelle.

Montmartre - Paris, France - Juillet 2018

Donc pour répondre à la question "Pourquoi ?", les raisons sont multiples. Un besoin de changement et d'évolution (perspective qui s'était doucement étiolée), une envie d'ailleurs (encore) et de voyages en Europe (plus facile en se trouvant à proximité), un besoin enfoui d'être dans le même fuseau horaire que ma famille et mes amis d'enfance pour pouvoir les voir plus souvent et surtout leur parler plus régulièrement, une envie de faire découvrir la France et l'Europe à Monsieur, un ras-le-bol de la neige de novembre à mai (il faut l'avouer), une nouvelle aventure à deux. Et pourquoi Lyon ? (deuxième ou troisième question la plus posée) : nous avions décidé de ne pas aller à Paris (pour ma part, pour ne pas perdre cet amour que j'ai pour cette ville, et pour Monsieur, car il avait détesté Paris lors d'un mois de juillet caniculaire - cependant, il a maintenant changé d'avis!), tout en étant dans une ville dynamique et bien située géographiquement. Certains recruteurs/potentiels employeurs ne comprennent pas du tout ce point. Hormis ceux qui aiment leur région d'un amour inconditionnel, les plus pragmatiques ne comprennent pas que l'on puisse prendre une décision avec le coeur, de façon un petit peu irrationnelle. Je dis bien "un petit peu", car pour décider d'essayer de s'installer à Lyon, nous avons tout de même analyser le marché du travail, le prix des loyers, son accessibilité en train, avion, voiture ... Sinon, nous aurions jeté notre dévolu sur Aix-en-Provence. Et vu la difficulté à trouver un logement, si Monsieur n'avait pas été embauché à Lyon avant notre arrivée, nous serions probablement restés à Paris. D'ailleurs, si je n'avais pas trouvé d'emploi avant Noël, nous serions remontés à Paris.

Je ne me souviens plus si à Montréal, j'avais dû répondre à cette question "Pourquoi Montréal ?". Probablement. Mais pas aussi souvent en un si court laps de temps. À part lorsque l'on rencontre un(e) canadien(ne) qui ne rêve que d'une chose, aller à Paris, parce que cette ville est tellement belle et tellement romantique, et qui hallucine que l'on préfère vivre au Canada (et supporter le grand froid) alors que l'on vient de cet endroit historique et, somme toute, un peu féérique. C'est bien le propre de l'humain de penser que l'herbe est plus verte dans le jardin d'à-côté et de n'être que rarement satisfait de ce qu'il a. Les français rêvent d'ailleurs, les canadiens rêvent d'ailleurs. On rêve notamment de ce que l'on ne peut pas trouver chez soi. Avec l'âge, on finit par se rendre compte de ce qui nous plaît vraiment et où l'on a envie d'établir notre routine, que ce soit sur la route, dans notre pays d'origine ou dans cette terre d'accueil choisie au fil de nos pérégrinations, et en prenant de l'âge, on peut également changer d'avis plusieurs fois. Bien sûr, cela vaut davantage pour les personnes originaires de pays en "paix" où les besoins primaires (manger, boire, dormir, sécurité) sont largement assouvis. Les migrants qui fuient la guerre ne sont pas dans le même état d'esprit : ils suivent leur instinct de survie, qui les amène a rêvé qu'un ailleurs sera synonyme de sécurité, mais en aucun cas, ils n'ont pu se poser la question de savoir où ils aimeraient vivre - et la plupart préfèrerait rester dans leur pays d'origine car c'est là qu'ils ont grandi et qu'ils avaient commencé à construire leur vie. Donc oui, mon discours tient largement du fait que je suis une française de la génération Y et blanche de surcroit, issue de la classe moyenne/haute, avec des parents (et même des grands-parents) ayant fait des études universitaires, et dont la famille est encore soudée et globalement en bonne santé. Oui, je suis une privilégiée. Ce qui n'empêche pas pour autant de se poser des questions et de vouloir y trouver des réponses, ni de vouloir trouver un sens à sa vie, de vouloir découvrir sa vocation, de vouloir se sentir bien dans un environnement qui nous correspond.

Vue sur la Tour Eiffel depuis Montmartre - Paris, France - Juillet 2018

Le choc

J'avais déjà évoqué les petits chocs culturels auxquels j'avais fait face en revenant en vacances en France, notamment après un an et demi loin de ses rivages, sur un ton un peu bitter-sweet, à savoir que cela m'avait manqué mais que je savais que mon aventure montréalaise n'était pas terminée, et que j'étais simplement là en vacances.

Cette fois, mon retour a été une grosse claque dans la figure. Car ma vie va maintenant être ici, en France, pour les prochains mois, pour les prochaines années. Il faut que je réapprenne les codes. Perdue pour de bon dans mon propre pays d'origine. J'ai presqu'autant de mal que Monsieur à m'y faire. J'ai l'impression que mon seul réel avantage est ma maîtrise de la langue française avec l'accent métropolitain. J'ai ce passeport, c'est ma nationalité, mes racines, je suis très française sur les bords (on ne peut pas renier 23 ans et demi d'éducation et de vie), mais je ne suis plus pour autant française comme avant : je me sens hors de ma zone de confort. La France n'est plus ma zone de confort et il faut que je me la ré-approprie pour m'y sentir chez moi. Je me sens chez-moi dans notre appartement, car nous l'avons arrangé à notre goût, nous y parlons anglais, nous suivons la NHL, et pour autant Lyon n'est pas encore chez moi : j'y ai des amis, qui ont tous leur propre vie bien remplie, je commence à connaître les petites adresses sympas et à créer une routine, mais, je me sens comme empruntée, comme dans un rêve, comme dans une passade. Je ne me vois pas à long terme ici. Pour l'instant. Peut-être car je n'ai pas encore commencé à travailler et que l'avenir n'est pas très clair. Peut-être que ce serait plus simple à Paris, où j'ai davantage de repères et de connaissances - mais si j'aimais la facilité, ça se saurait... Une part de moi veut repartir en courant et sauter dans le premier avion pour retraverser l'Atlantique. Une part de moi veut relever ce nouveau défi et vivre en France en tant qu'adulte. Les plus grands chocs, après tous les petits chocs culturels qui avaient été globalement les mêmes que lors de mes retours précédents (les crottes de chien innombrables sur les trottoirs en plus), sont les suivants : la méfiance ambiante, la recherche de logement et le monde du travail.

La méfiance ambiante à prime abord : tout le monde s'accorde pour dire que la confiance, c'est important, c'est primordial. Dans les entreprises, dans les relations. Mais dans les faits, la population française est de nature méfiante. C'est culturel. On ne croit pas que les gens vont être intrinsèquement bons et qu'on peut leur faire confiance. Il n'y a qu'à écouter mes grands-parents parler deux minutes ou bien voir par soi-même : dans certains magasins, on ne vous laisse pas utiliser vos sacs réutilisables ou pas de sacs du tout ni peser vos aliments vous-mêmes sous prétexte que vous pourriez peser trois tomates et en rajouter une. On pense qu'on va se faire voler son sac à main ou son téléphone portable à chaque coin de rue ou dans le métro, et on développe des tactiques pour ne pas tenter le diable. On se targue de vouloir embaucher des profils plus que des expériences et des diplômes, mais on ne laisse pas sa chance à un profil un peu atypique. On ne pense pas que les gens peuvent être responsables (on ne pourra jamais légaliser le cannabis dans un tel climat, c'est clair!). Alors oui, c'est vrai, je m'étonnais toujours au Canada de cette confiance, parfois démesurée, qu'ont les gens envers les autres - il n'était pas rare de ne pas avoir de portique électronique dans les magasins contre le vol par exemple - car je savais qu'en France, ce système serait probablement synonyme d'anarchie. Mais c'est en réalité un cercle vicieux : plus on interdit et moins on fait confiance, plus les gens vont défier les interdits et se rendre effectivement indignes de confiance. C'est le même principe que la prohibition aux États-Unis : tout le monde sait que la prohibition n'a empêché ni la production, ni la vente ni la consommation d'alcool. C'est le comportement le plus enfantin en somme : quand on dit non à un enfant, on peut être sûr qu'il va tout tenter pour braver l'interdit et pour éprouver notre patience. Par exemple, mes parents ne m'ont jamais interdit de consommer de l'alcool, des drogues ou de fumer des cigarettes. Ils m'ont simplement dit "fais tes propres expériences en prenant conscience des dangers liés à ses consommations" - aka ne pas boire et conduire pour des raisons de sécurité, être consciente des risques de dépendance et de mort, etc... Je n'ai jamais eu de penchant pour la surconsommation de ces produits. J'ai eu mes propres expériences et j'ai appris d'elles. En revanche, pour diverses raisons, la nourriture était source d'interdits. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que j'ai mangé des tonnes de gâteaux et autres cochonneries en cachette et pris du poids avant de finalement comprendre au bout de plusieurs années que ce n'était pas la solution. C'est une réaction presque naturelle, bien qu'enfantine et un tant soit peu stupide. Pour moi, pour l'heure, il me faut réapprendre à vivre dans ce climat, et ne pas m'étonner des comportements que cela implique.

Montmartre - Paris, France - Juillet 2018

La recherche de logement : le casse-tête chinois par excellence, et à des années lumières des façons de faire au Canada. Je me souviens avoir toujours été étonnée des français qui débarquaient en PVT et cherchaient un logement sur place pour tout de suite. Je n'avais jamais vraiment eu à trouver un appartement en France (je vivais sur le campus de mon école ou chez mes parents) et je ne savais donc pas que les logements se cherchent et se trouvent aujourd'hui pour demain, et que si vous n'êtes pas sur place, ce sera quasiment impossible de signer un bail et d'en récupérer les clés - même en colocation! Au Canada, on s'y prend environ trois mois à l'avance et on passe très rarement par des agences immobilières, car les particuliers gèrent leurs biens eux-mêmes sans difficulté la plupart du temps. Ici, même mes parents ne pouvaient pas nous trouver un logement pour tout un tas de règles administratives (pas de résidence secondaire!) incongrues - de notre point de vue. En revanche, il semble bien plus facile pour le locataire français de casser son bail que pour le locataire canadien, et a fortiori québécois. Il y a donc des avantages et des inconvénients à chacune des façons de faire, et nous étions dans une situation dans laquelle nous n'avons jamais été au Canada, ni Monsieur ni moi : lorsque je suis arrivée à Montréal, je n'avais certes pas d'emploi, mais j'ai intégré une colocation (je ne cherchais pas un appartement seule), ce qui était bien plus facile, et lors de mes recherches ultérieures, j'avais toujours un emploi ; Monsieur était arrivé à Montréal en tant qu'étudiant, et aussi bien au Canada qu'en France, ce statut est différent de celui d'un jeune professionnel en recherche d'emploi. Nous partions donc avec des sacrés bâtons dans nos roues. Cependant, la promesse d'embauche de Monsieur, mes deux parents comme garants et mes diplômes pour justifier que mes recherches d'emploi allaient aboutir n'étaient presque d'aucune utilité sur le sol français. Il a fallu être sur place et visiter (au prix d'aller-retour Paris-Lyon), passer par un agent immobilier indépendant, tomber sur un propriétaire qui a accepté mon père comme garant, et notre grand âge près de la trentaine, pour enfin décrocher le Saint-Graal et ne pas dormir sous un pont. Une expérience tellement stressante que je n'en reviens toujours pas.

Le monde du travail (et la recherche d'emploi) : par où commencer... Les multiples entretiens pour avoir une réponse de la part d'une entreprise, les salaires plus ou moins compétitifs, l'utilisation abusive du mot "ingénieur" et donc sa dévalorisation, les mots en anglais et les acronymes à tire-larigot ou les perspectives d'évolution pas avant deux ans? Je pense que le pire c'est peut-être la rengaine "Votre profil est atypique, je ne comprends pas". Alors que les offres d'embauche stipulent "Nous mettons l'humain au coeur de notre entreprise / Nous cherchons des profils avant-tout / Votre personnalité fera toute la différence". J'avais oublié qu'une recherche d'emploi est longue. Tout le monde me dit que c'est normal, que cela peut prendre jusqu'à quatre mois sans être alarmant. Mais pour moi, c'est épuisant. Remettre sans cesse mes choix précédents en question, remettre ma valeur en question, devoir tout justifier pour espérer décrocher un travail et retrouver une certaine qualité de vie. Rester seule le plus clair de mes journées, dans mon appartement, devant mon ordinateur. Voir mes économies fondre comme neige au soleil. Oui, ce choc là, je n'y étais pas préparée du tout. Il faut donc que je fasse avec, que je continue à aller de l'avant, que je ravale mes larmes et que je montre des sourires, essayant d'emmagasiner toute cette négativité pour la transformer en quelque chose de positif. Et ma ténacité m'a permis d'obtenir deux propositions d'embauche au bout de deux mois et 10 jours sur le sol français. Après avoir envoyé mon CV à plus de cinquante entreprises et avoir passé des entretiens avec près de dix compagnies. De son côté, Monsieur hallucine du temps perdu à se faire la bise chaque matin, des commérages incessants entre collègues et du fait de n'être payé qu'une fois par mois. Là où j'apprécie peut-être plus d'honnêteté et de choses dites en face sans pincette à la française, j'aimerai aussi plus de confiance à la canadienne. Mais malgré ces deux mois d'ascenseur émotionnel, les choses se mettent finalement en place et il va me falloir redécouvrir le monde de l'entreprise et ses codes de l'intérieur maintenant.

Montmartre - Paris, France - Juillet 2018

Bilan à chaud (ou presque)

Ce retour en France a un goût amer. Plus amer que prévu du moins. C'était un choix, une nouvelle aventure, et nous n'avons pas encore eu notre période de lune de miel : nous sommes tombés directement dans le stress et le blues. Même si revoir ma famille et mes amis est un pur bonheur et que je peux lire sur leurs visages à quel point ils sont heureux de me savoir plus proche. Peut-être que cette période de lune de miel ici va pouvoir commencer lorsque nous serons remis à flot financièrement, que nous pourrons recommencer à explorer les merveilles de la France et de l'Europe, et à développer notre vie sociale.

L'Opéra Garnier - Paris, France - Juillet 2018

Rien à voir avec mon arrivée à Montréal il y a quatre ans. Même si j'avais mis le même temps à trouver mon premier job (et que ce n'était clairement pas le même genre de job!), même si j'étais pareillement dans une nouvelle ville, même si j'avais eu des hauts et des bas également, aussi bien professionnels que personnels. J'étais plus jeune et pas dans le même état d'esprit, persuadée à l'époque qu'au bout de deux ans maximum (voire un an), je serais de retour à Paris, et que je reprendrais ma vie là où je l'avais laissée. Et pourtant, je me souviens que j'avais détesté mes 24 ans - le premier anniversaire que je fêtais à Montréal -, pas parce que la soirée avait été un fiasco - au contraire, c'était l'une des meilleures soirées d'Halloween de ma vie -, mais parce qu'à 24 ans, je n'étais pas du tout là où je m'étais projetée être, à savoir en couple avec l'homme de ma vie, dans un job que j'aimais après mes années d'études qui ne m'avaient pas tant passionnées. Ainsi malgré tout, malgré le fait que j'avais choisi de partir vivre à Montréal, aussi contradictoire que celui puisse paraître, j'avais au fond de moi envie de rentrer en France à ce moment précis, ce que je n'ai pas fait car je ne voulais pas rentrer sur ce qui me semblait être un échec.

De la même manière donc, je ne repartirai pas tout de suite au Canada, car je dois me prouver à moi-même que je n'ai pas échoué dans ce retour en France. Et qui sait, je vais peut-être exercer un travail passionnant dans lequel je vais m'épanouir. D'autre part, je sais que je ne vais pas détester mes 28 ans. Bien au contraire, l'approche de la trentaine ne m'effraie pas, mais m'enthousiasme. C'est dans ces moments-là que je me rends compte à quel point j'ai évolué à Montréal. À quel point avoir été confrontée à la vie à l'étranger et à me retrouver à devoir rebondir de façon inattendue la plupart du temps m'a permis de me développer et surtout de relativiser et de laisser (autant que faire se peut) l'avis des autres de côté. Je sais que j'ai aussi appris à ne plus avoir peur d'entreprendre. Je sais que j'ai beaucoup de centres d'intérêt et de rêves, et que j'ai envie d'en faire quelque chose et de les réaliser, quelque soit le lieu, quelque soit l'année.

Le Louvre - Paris, France - Juillet 2018

Comme je l'ai dit à quelqu'un (je vais m'auto-citer et/ou m'auto-paraphraser, incroyable! Mais c'est bien connu, je suis plus douée à donner des conseils réfléchis aux autres qu'à moi-même, donc autant que je l'écrive ici pour m'auto-persuader...), la décision de "rester" ou de "rentrer" ne sera jamais facile car on laisse forcément une partie de soi là où l'on a vécu. Cependant, il faut essayer de se défaire du regard des autres (et de ses propres idéaux ridiculement inatteignables), d'une part car le fait de "rester" ou "rentrer" dépend de nombreux facteurs qui sont tous très personnels (personne ne vit les choses de la même façon et n'a les mêmes intérêts ou les mêmes priorités), et d'autre part car il faut comprendre que "rentrer" n'est pas un échec, et que "rester" n'est pas une réussite, cela n'a aucun rapport : ce qui importe, c'est là où l'on se sent bien au moment présent. On peut rester dix ans dans un pays puis décider d'en changer, ce n'est pas un drame, cela viendra avec son lot de défis, de hauts et de bas, mais c'est la vie et ses opportunités qui s'offrent à soi et que l'on choisit de saisir ou non en fonction de ce que l'on veut à l'instant T. Dans tous les cas, on aura appris des choses, notamment sur soi, on aura évolué et grandi, et cela, ça vaut de l'or.

Donc à l'instant T, nous avons décidé, pour toutes les raisons citées ci-avant, de venir nous installer en France. Nous ne savons pas encore de quoi sera fait demain, où nous ferons notre vie (aka où nous ferons les choses de grandes personnes attendues par la société, à savoir fonder une famille, acheter une maison, poursuivre notre carrière, etc ...), mais aussi amère notre arrivée fut-elle à cause des difficultés auxquelles nous avons fait face d'entrée de jeu, nous n'en sommes pas moins heureux de vivre cette expérience ensemble et de voir ce que l'avenir nous réserve.

Le Jardin des Plantes - Paris, France - Juillet 2018

Voilà pour mes états d'âmes. Ces réflexions n'engagent que moi et mes expériences personnelles, vous êtes donc libres de vous y retrouver ou pas. Et merci de ne pas me faire dire ce que je n'ai pas dit : ces réflexions personnelles n'ont pas pour but de dire qu'un pays ou un système ou une façon de faire est/sont mieux qu'un(e) autre! C'est tout simplement différent, et le retour en France est finalement un déménagement dans un "presque nouveau" pays pour moi.

Sur ce, je vous dis à la semaine prochaine!

xoxo

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