DÉMARCHES À L'O.I.Q. #1


Dessin Gérard Mathieu, sur le site orientation.blog.lemonde.fr

Faire reconnaître son diplôme d'ingénieur français au Québec ou comment s'inscrire à l'Ordre des Ingénieurs du Québec (O.I.Q.)

Lorsque vous arrivez dans un nouveau pays, c'est bien connu, il est assez compliqué de faire reconnaître ses diplômes, ses études et ses qualifications (à moins d'avoir faire une école de l'Ivy League ou d'avoir bosser X années dans une multinationale !).


Plus particulièrement en ingénierie, il est déjà parfois difficile en France de faire reconnaître la valeur de son diplôme en fonction de la renommé de son école, alors je vous laisse imaginer l'ampleur du challenge lorsque vous traversez l'Atlantique.


Premièrement, au Québec - et plus généralement dans le monde entier excepté en France -, la notion d'ingénieur généraliste n'existe pas : on fait des études en génie électrique, ou mécanique, ou civil, ou autre, on se spécialise de plus en plus, et lorsque l'on devient ingénieur, on est reconnu comme quelqu'un de très - très - technique, spécialisé dans un domaine précis, qui finira par obtenir un poste de manager parce que l'on aura fait ses preuves sur le plan technique pendant X années et que, petit à petit, on aura géré des ingénieurs plus juniors que nous. Car oui, petite précision, avant d'être "ingénieur" (ing.), on est "ingénieur junior" (ing.jr.) !


D'autre part, il existe ici une véritable responsabilité à être ingénieur, un peu comme pour un docteur. C'est un titre qui prouve que l'on a fait ses preuves, et que s'il y a un problème, on est responsable : un ingénieur civil qui signe le plan d'un pont ou d'un bâtiment, engage toute sa personne dans le projet ! Si ça s'effondre, c'est plus ou moins lui qui va payer les pots cassés ... Flippant. Bon, je vous avoue que je ne me suis pas renseignée à 100 % sur la question, mais il y a tout de même une notion d'engagement et de responsabilité qui semble bien plus grande qu'en France.


En France, on est plutôt formé à gérer des projets et des équipes, et à être polyvalent. En un mot, on est généraliste (majoritairement) : on a survolé beaucoup de choses, mais on n'est pas vraiment spécialiste de quoique ce soit. Là encore, il faut nuancer, on se spécialise un minimum au cours du cursus scolaire, mais on n'a globalement que deux ans de spécialisation maximum, contre quatre à cinq ans dans le reste du monde - et puis dépendamment des écoles, des filières et de l'orientation de nos stages, il est plus ou moins facile de se spécialiser : je ne pourrais pas vraiment coder un logiciel ou un site internet a priori, car à part le cours de Java débutant - où j'étais d'ailleurs une catastrophe -, je n'ai pas fait d'informatique contrairement à certains de mes camarades de promotion ! Ainsi, dans un sens, malgré le nombre incalculable d'offres d'emploi demandant des dizaines d'années d'expérience, il va être presque plus facile d'accéder à un poste de chargé de projet (junior, certes, mais tout de même !) lors de son premier emploi en France qu'ici - surtout si l'on n'est pas inscrit à l'Ordre.


En revanche ici, dès qu'on a fait un minimum ses preuves et que votre supérieur réalise que vous avez du potentiel, il va être plus facile d'évoluer plus rapidement !


Bien sûr, tous mes propos sont à nuancer (!!), car chaque entreprise est différente, et l'expérience de chacun, que ce soit au Québec ou en France, l'est tout autant. Je tire ma réflexion de ma propre expérience de recherche d'emploi et de l'expérience d'amis ou connaissances avec qui j'ai échangé sur la question.



Tout cela pour en venir au fait que, que l'on ait fait une école de génie au Québec ou que l'on veuille faire reconnaître son diplôme d'ingénieur français ici, pour avoir le droit d'être reconnu en tant qu'ingénieur, il faut passer par la case "être membre de l'Ordre des Ingénieurs du Québec" (et pour beaucoup de professions, au Québec, il faut être membre de l'Ordre de la profession ou bien de l'Association de celle-ci pour avoir le droit d'exercer pleinement son métier et d'être payé en conséquence).


Ainsi, après avoir pris connaissance des démarches sur le site internet de l'Ordre des Ingénieurs du Québec (allez y jeter un oeil en cliquant là !), je me suis directement rendue à leurs bureaux - au 1100 avenue des Canadiens-de-Montréal H3B 2S2 MTL - car j'avais besoin de certaines précisions :


1- Cela a l'air ultra compliqué et cher, est-ce que ça l'est vraiment (compliqué et cher) ?


Compliqué, non, pas vraiment, et encore moins si notre école française est reconnue par l'ARM (Arrangement sur la Reconnaissance Mutuelle des qualifications professionnelles) conclu entre l'OIQ et la CTI (Commission des Titres d'Ingénieur, de France).


Pour le savoir, il suffit de parcourir minutieusement la liste des programmes français agréés par l'Ordre et d'y trouver son école et son domaine, et de retenir le petit numéro qui y est attribué.


Ensuite il faut réunir différents documents :

- le formulaire de demande de permis rempli et signé,

- une photo d'identité récente (à coller sur le formulaire de demande de permis),

- notre diplôme original et une photocopie,

- notre acte de naissance (ou notre passeport) original et une photocopie,

- une description des expériences pertinentes en génie (s'il y a lieu - donc pas obligatoire),

- le paiement des frais de demande de permis (en fonction de la grille tarifaire).


Une fois tout cela réunit, on peut aller aux bureaux de l'Ordre pour faire certifier nos photocopies (on garde les originaux de diplôme et d'acte de naissance !) et ainsi déposer notre dossier : eh oui, contrairement à ce qui est écrit sur le site, les photocopies n'ont pas besoin d'être émises par l'organisme qui a délivré les originaux, il faut en revanche les originaux pour pouvoir les comparer aux photocopies et certifier l'exactitude de ces dernières.


De plus, on doit envoyer à notre école française une demande de relevé de notes et supplément au diplôme : c'est notre école qui va devoir envoyer tout cela directement à l'Ordre, ainsi que le formulaire de demande de relevé de notes et supplément au diplôme rempli et signé (qu'on aura nous-même rempli et signé aussi au préalable !).


Cher, oui, définitivement ! Il faut tout d'abord payer les frais de demande de permis : pour cette année, si notre école fait partie de la liste des programmes reconnus par l'Ordre, on ne doit débourser que la modique somme de 625 $CAD ... Mais il faut s'estimer heureux si c'est le cas ! Sinon, on devrait payer à chaque étape : la demande de permis, l'évaluation, l'inscription au tableau ... Ensuite, on cotise à l'année, environ 400 $ pour un ingénieur junior.


2- Que se passe-t-il une fois le dossier déposé ? Est-ce long ?


Une fois le dossier déposé, on attend ... Puis on est convoqué par l'Ordre, on passe devant une commission qui va décider si, oui ou non, on a le droit d'être membre - non ce n'est pas une secte -, qui va déterminer si on a éventuellement des examens à passer, et qui va finalement nous permettre d'être ingénieur junior (cross fingers !). Mais attention ! On ne pourra utiliser le titre "ing. jr." sur un CV que si l'on complète rapidement les documents que l'on nous envoie juste après cette convocation et que l'on est bel et bien inscrit sur le tableau ! Sans cela, on n'est pas ingénieur aux yeux de l'Ordre ni de nos potentiels employeurs.


Long, oui, un petit peu : 5 à 6 semaines avant d'être convoqué a priori. Et attention, l'Ordre des Ingénieurs du Québec est fermé tout le mois de Juillet (!).


Pour l'instant, je suis en train de monter le dossier : je croise les doigts pour que mon école accède à ma demande et envoie les documents requis à l'Ordre, et pour que mes parents m'envoient rapidement au moins mon diplôme original par la poste !

BONUS : un article très intéressant ici pour les personnes qui souhaiteraient aussi faire reconnaître leur diplôme d'ingénieur (et je suis sûre qu'en parcourant le site, on peut trouver des informations pour d'autres professions).


La suite au prochain numéro - si je parviens à déposer mon dossier !

Image issue du site citim.org

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